L’innovation au service de la société?

Par
Thomas Deillon

OpenSource est un programme de diffusion de contenus institutionnels du groupe ESH Médias. Celui-ci a pour but de donner la parole, de manière récurrente, à des acteurs internes clés spécialistes dans les domaines d’expertise du groupe.

L’innovation est une force qui se doit de libérer et enrichir. Peut-être serait-il judicieux de s’inspirer du journalisme, un métier qui développe l’intelligence collective, pour nourrir les vecteurs d’innovation propice à toute une région.

De quoi parle-t-on au juste quand on évoque l’innovation ? Pour être quantifiable en terrain fertile, on évoquera les conditions-cadres propices à l’éclosion des talents et des percées scientifiques et commerciales de demain (e.g. aides financières, collaborations universitaires…). On en jugera également de par le nombre de brevets, pour constater que la Suisse figure en bonne place internationale avec quelque 8'000 dépôts par an, essentiellement dans les domaines de la pharma, des transports et de la nutrition, là où les multinationales suisses font merveille. Concrètement, tels sont quelques-uns des paramètres servant habituellement à mesurer et comparer les capacités d’innovation d’une économie.

D’autres critères sont toutefois à l’œuvre. Et ils méritent également que l’on s’y intéresse. Globalement, on constate en effet que nos économies ne sont pas sans engendrer un certain nombre de frustrations, des tensions qui constituent l’un des ressorts de notre monde consumériste. Un client insatisfait est en effet un client qui consomme. Comme le disait Arthur Schopenhauer « la vie oscille comme un pendule, de l’envie à l’ennui ». En d’autres termes, l’homme, machine à désirer, est sans cesse déçu de ses satisfactions, d’où l’ennui qui le pousse inlassablement vers de nouvelles sources de contentement. Philosophe né au 18e siècle, Schopenhauer pourrait très bien avoir son mot à dire dans l’interprétation contemporaine de sa pensée. La machine économique est aujourd’hui si bien huilée qu’au-delà de créer de l’insatisfaction, elle sait monétiser l’ennui. Un petit détour par TikTok ou Facebook suffit à comprendre que l’anesthésie de la pensée peut être source de revenus pour qui sait l’exploiter. Et ne parlons pas de la « gamification » de l’ennui qui nous pend au nez avec les concepts de metaverse.

Inutile de dire que pour nous, réussir à innover est aux antipodes de telles interprétations. Réussir à innover, c’est libérer plutôt que d’asservir. Ne voit-on pas dans les pays débarrassés du joug totalitaire fleurir une presse libre et indépendante ? Or cette approche, celle de médias de qualité, attachés aux principes démocratiques et multiculturels, est notre raison d’être. C’est donc précisément dans ce contexte qu’il faut replacer notre thématique, à savoir celle d’une innovation qui libère. Et pour y arriver, pour réussir à innover dans nos métiers, je suis persuadé que c’est dans les valeurs clés du journalisme qu’il faut chercher. Des valeurs qui reposent sur l’humilité, la curiosité et la foi. Il faut en effet être humble pour chercher, curieux pour découvrir et confiant dans la vérité pour chercher à la découvrir. Pour un groupe de presse régional comme ESH Médias, cela veut dire qu’il faut accepter jour après jour de commencer quelque chose de nouveau, en sachant que l’innovation se loge précisément là où rien n’est parfait.

Pour le dire autrement, je pense qu’il existe plusieurs façons de créer de l’innovation de rupture. La première repose sur la sérendipité consistant à faire par hasard une découverte majeure. Nombre de percées dans les domaines scientifiques et pratiques sont en effet grandement dues au hasard. La deuxième manière d’innover est d’appliquer des recettes qui ont déjà fait leurs preuves dans des domaines connexes. Le succès fulgurant d’Amazon repose à la base sur la digitalisation d’une librairie, pour citer un exemple. Quant au troisième facteur d’innovation, celui cher à Steve Jobs, il relève de la passion. Comment comprendre, disait-il, l’acharnement que mettent certaines personnes à poursuivre leurs rêves autrement que par la passion qui les poussent à persévérer là où toute personne raisonnable aurait déjà jeté l’éponge. Avec la capacité à s’entourer de talents, selon le fondateur d’Apple, c’est précisément cette faculté à s’enthousiasmer pour un projet et y trouver du plaisir même quand cela devient vraiment dur qui caractérise ceux qui réussissent.

Concrètement, cela veut dire que nous croyons fermement, en tant que groupe de presse, à notre capacité à renouveler notre offre dans le but de développer une intelligence collective qui profite à chacun. Ce sont notre ancrage local, notre recherche d’un journalisme de qualité et notre sensibilité envers la région qui doivent servir d’environnement propice à l’innovation. Celle qui nous pousse sans cesse à tester nos limites, en toute humilité.

Les prochains articles aborderont trois thèmes d’innovation potentielle dans nos régions pour, ensemble, cultiver cette intelligence collective qui enrichit tout le monde sans appauvrir personne !

Thomas Deillon

Thomas Deillon, Chief Innovation Officer du groupe ESH Médias

Thomas Deillon commence sa carrière par la digitalisation des écoles et mairies de Haute-Savoie avant de créer son entreprise et accompagner plusieurs grands groupes romands à transitionner vers la téléphonie et télévision sur Internet dans les années 2000. Il rejoindra ensuite SITA, leader mondial des télécommunications pour le domaine aérien, en tant que responsable innovation, puis directeur de cabinet du PDG, avant de prendre la responsabilité de la création d’une entité de développement de produits logiciels d’une cinquantaine de personnes à Montréal dans l’analyse prédictive (Smart Airports).